TRAVIATA STORY

Te sera-t-il beaucoup pardonné parce que tu as beaucoup aimé ?

Texte et mise en scène – Thomas Couppey

Avec : Pauline Chabrol, Myriam Jarmache, Léo Ricordel (acteur et actrices de la promotion 2018) et Yoanna Marilleaud (promotion 2015 de l’ESAD).

Création lumière : Angèle Peyrade / Création sonore : Baptiste Gillis

Direction musicale : Myriam Jarmache

Projet présenté en tant que Carte blanche ESAD 2017

Les 14 et 15 décembre à 19h30 au Théâtre de la Cité Internationale

Entrée libre, réservations indispensables :  01 43 13 50 50 ou en ligne à cette adresse

Le projet

Quatre interprètes jouent une adaptation de La Traviata de Giuseppe Verdi. Mais la culpabilité dont sont imprégnés leurs rapports amicaux et amoureux, qui font échos à ceux de leurs personnages, ne cessent de surgir, les empêchant de mener à bien la représentation. A travers ce projet qui place l’opéra de Verdi et le roman La Dame aux Camélias de Dumas fils sous le prisme d’un univers de télé-réalité et notamment celui du premier Loft Story, je veux voir comment ce sentiment de culpabilité peut devenir un moteur d’action à la parole et au mouvement au sein d’un groupe d’individus.

Note d’intention :

« Je cherche à parler de la culpabilité. Quand celle-ci devient envahissante, et qu’elle contamine tout.

A parler de ce rapport au passé avec le poids de la faute.

Comment apprend-on à vivre avec ?

Comment retrouve-t-on une certaine légèreté ?

Je parle ici d’une faute amoureuse, amicale et familiale qui consiste principalement en de la négligence. Et cette négligence dans des liens d’affections forts a entraîné des souffrances démesurées.

Comme quand on est enfants et qu’après avoir fait une grosse bêtise pendant la récréation, on s’est vu punir et le soir, pétrifié par la honte, la peur et plein de remords, on se refuse, on se dit que plus jamais on ne retournera à l’école. Je veux parler de cet effet de contamination.

La culpabilité est ici tellement grande qu’elle vient même entacher l’idée de représentation (ou presque).

La Dame aux Camélias d’Alexandre Dumas fils commence sur la rencontre entre le narrateur et un homme, Armand, rongé par la culpabilité d’avoir causé la mort de celle qu’il aime, Marguerite. Il en tombe malade et ne sait pas comment s’en sortir. Et cette culpabilité pousse finalement Armand à raconter son histoire comme pour refaire son procès une nouvelle fois, essayer de nommer sa faute pour mieux la circonscrire et en même temps refaire vivre la puissance de l’amour qu’il a reçu.

Dans l’Opéra de Giuseppe Verdi, la fable s’inscrit moins dans la conscience meurtrie du personnage d’Armand mais cherche davantage à suivre l’attachement, le sacrifice et l’abandon de Violetta (Marguerite).

Mon projet consiste à mélanger ces deux œuvres, de façon à ce que les chants de Violetta, aux airs si fameux, deviennent un moyen cruel pour un Alfredo (Armand) de réanimer ses négligences passées et de s’y confronter. S’entendre adresser, passivement, des aria amoureux, porteurs du fantôme d’une romance qui n’est plus, me semble un moyen radical pour faire naître l’état lancinant de la culpabilité chez celui-là même qui a brisé cet amour. Car, même si on était débarrassé du poids du passé ou d’une mauvaise conscience, comment rester de marbre face à la beauté d’un chant d’amour qui nous est destiné ?

Enfin, pour l’écriture du texte je me suis beaucoup intéressé à la première émission de Loft-Story et notamment à la lofteuse Loana. Je me suis amusé à projeter Loana comme une Traviata contemporaine. Il y a ce caractère double de l’émission de téléréalité : d’un côté nous sommes face à des vrais individus et d’un autre côté ceux-ci sont déplacés par la télévision et la présence de caméras (et peut-être aussi d’un scénario caché). L’émission réussit à créer des personnages pour lesquels on a plus ou moins d’empathie. Le spectateur détient alors une vraie responsabilité sur la vie de ces personnes (Loana après le loft a fait 14 tentatives de suicide). En regardant, il participe à la mise en boîte de ces individus.

J’ai envie de rendre cet univers télévisuel palpable au plateau, en chercher du moins les endroits de frottement avec la réalité d’une représentation théâtrale car il me semble important d’interroger notre rapport à ce média et notre responsabilité de (télé)spectateur.« 

Thomas Couppey