Philosophie de l’acteur

Cet enseignement est développé à l’ESAD depuis 2013 par Christine Ravat-Farenc[1], dans le cadre du DNSPC, Diplôme National Supérieur Professionnel du Comédien, délivré conjointement à une Licence d’Etudes Théâtrales de l’université Paris 3 – Sorbonne Nouvelle. Le stage de trente-six heures est concentré sur une semaine et proposé aux élèves de troisième année dans la perspective de leur proche émancipation du statut d’étudiant.

Le référentiel pédagogique du DNSPC, crée par décret en 2007, délivré par L’ESAD et les dix autres écoles nationales de la plateforme LMD, détaille les savoir-faire et savoir-être à acquérir dans le temps de formation en école. Il y est question, entre autres, de nourrir le « rapport à soi et à l’autre ». C’est en application de cette formule que ce stage a d’abord été proposé. A partir d’un corpus de sciences humaines, il s’agit d’élaborer des outils théoriques et pratiques permettant aux jeunes acteurs de penser leur condition d’artistes créateurs et leur rôle dans la société française contemporaine.

Issu de la connaissance du métier et des travaux de recherche de Christine Ravat-Farenc sur la condition sociale, économique et esthétique de l’acteur en France, dans une perspective historique et comparatiste[2], cet enseignement est aussi une réponse à une aspiration des jeunes comédiens qui s’est confirmée au long de ces quatre années. Celle non seulement de développer les outils de pensée de leur pratique et de leur future condition d’artistes professionnels, mais surtout — surtout— celle d’être heureux.

Un tel objectif, que la philosophie n’a cessé de documenter depuis les Gréco-Latins, semble excessif. Il est pourtant très raisonnable : quelles postures mentales, quelles pratiques réflexives, quelles visions de soi, d’autrui et du monde développer afin de préserver ce que tous disent rechercher et ressentir régulièrement dans le travail créateur : la joie ineffable d’être en scène, d’être en scène ensemble ?

Car si la vocation du plateau n’est plus vécue comme un rapport passionnel subi, un appel magique auquel le récipiendaire enchaîné ne pourrait se soustraire, l’engagement des jeunes comédiens et comédiennes aujourd’hui résulte d’un engagement qui demande à être confirmé tout au long de leur parcours. Praticiens d’une discipline artistique qui emporte tout leur être, étant à eux-mêmes instrument, instrumentier et instrumentiste, leur exigence d’épanouissement personnel est élevée. Or en France, il s’agit bien d’une profession, encadrée par un régime excluant très majoritairement la troupe, généralisant l’emploi intermittent, dans un « marché de l’emploi » de plus en plus concurrentiel.

Persévérance, endurance, courage, foi dans son engagement, ainsi que des savoir-être relationnels très spécifiques, ne sont plus optionnels. Comment nourrir et défendre de l’usure ce bonheur du plateau face à l’adversité très spécifique des conditions d’exercice du métier ? Quelle place pour l’artiste confronté aux contingences de la profession ?

Le stage de philosophie pratique permet à chacune et chacun de forger ses outils du bonheur. Il se déroule en trois phases dans une salle qui combine espace à la table et plateau…

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A venir : « La nudité en scène : émancipation ou réification ? »

[1] Comédienne, docteure en Etudes Théâtrales, Performer associée au Centre Pompidou, elle enseigne également à l’Université Paris 3 – Sorbonne Nouvelle, à SciencesPo Paris et à l’ENACR (Ecole Nationale des Arts du Cirque).

[2] Voir en ANNEXE (pp. 11-13) de l’article ci-joint le résumé de ses travaux de thèse et de ses publications sur le sujet.