ATELIER DE CRÉATION CAROLINE MARCADÉ | NATURES

Élèves de 3e année
Du 12 octobre au 6 novembre 2020
Mise en scène et direction chorégraphique : Caroline Marcadé
Direction musicale : Nikola Takov

NATURES (titre provisoire)

Tel un homme qui par un jour d’été ouvre la porte de sa maison
et qui de tout son visage est à l’affût de la chaleur des champs,
il advient que tout à coup la Nature me frappe de plein fouet
au visage de mes sens,
et moi, j’en garde trouble et confusion,
essayant de comprendre
je ne sais quoi ni comme…

Fernando Pessoa. Le Gardeur de troupeaux

Partir de l’endroit poétique du monde à l’instant.
Ouvrir les sens aux contrées intimes.
Interroger le poète.
Pénétrer la musique.
Oser le corps.

*Bach, Beethoven, Brahms apporteront leur génie. Au piano live, Nikola Takov créera les liens.

Nous explorerons la Nature Humaine, la danse en sera l’expression. Chaque élève sera le créateur de son mouvement. Ensemble, le groupe tissera les liens invisibles de corps à corps, de sensibilité à sensibilité. Chaque personnalité sera respectée dans sa folle envergure, ses ombres et ses éclats. Le travail puisera dans les racines du geste.

Il est essentiel que l’actrice, l’acteur se réapproprie les outils organiques de son existence. Le corps, le souffle, la conscience des membres, du squelette, des muscles, l’organisation interne et externe du mouvement, la profonde écoute de l’inspiration et de l’expiration, la relation souple à l’Autre, la conscience du temps et de l’espace, autant de friches dans lesquelles nous abonderons.

La danse est un jardin sans frontières, j’aime que l’actrice, l’acteur y trace son chemin d’enfance.

Je me sens né à chaque instant
à l’éternelle nouveauté du Monde…

F. Pessoa

La danse réactive la mémoire archaïque et ancestrale. Qu’elle soit urbaine ou villageoise, classique ou folklorique, contemporaine ou baroque, la danse est l’expression du mouvement du monde. Chaque corps humain vit au tempo du monde, chacun décide d’avancer avec ou a contrario. Il y a un art singulier de se mouvoir. Chaque corps est unique, chacun a sa danse.

J’orienterai le travail des corps vers l’abstraction lyrique. La voix sera travaillée délicatement, nous mettrons en place l’étude de deux chœurs chantés. La qualité du plateau reposera sur la qualité de chaque élève, sur son extrême concentration, sur la beauté de ses silences, sur ses regards. Nous ne raconterons pas une histoire. Nous inventerons une forme nouvelle de récit, elle sera organique, sensuelle et poétique.

NATURES (texte provisoire) sera la recherche de l’harmonie après le chaos. Notre atelier partira aux sources de la lumière et de l’ombre. Dans le creux des ténèbres du corps humain, l’aube des sens s’éveillera. Au fond du tunnel de l’émotion, chacun avancera, se découvrira. Tel un explorateur de sa terre natale il sera le jardinier de son champ. Chaque peau reflètera les gouttelettes de la transpiration. Danse, musique et jeu laisseront transparaître. Les trois B, Bach, Beethoven, Brahms, enchanteront l’instant. Le poète, Fernando Pessoa, ouvrira les nudités. Aux sources du vivant, la Beauté s’abreuvera. L’énergie physique en découlera.

De mon village je vois de la terre tout ce qu’on peut voir de l’Univers…
C’est pour cela que mon village est aussi grand qu’un autre pays quelconque,
Parce que je suis de la dimension de ce que je vois
Et non de la dimension de ma propre taille

F. Pessoa

Je m’intéresse à la place de la danse au théâtre depuis ma rencontre et mon compagnonnage avec Antoine Vitez dès 1985. Depuis, je n’ai cessé les collaborations avec le théâtre, l’opéra et le cinéma.  Je ne cesse d’arpenter les plateaux à l’endroit où les corps des acteurs se meuvent (s’émeuvent). Je pense le texte comme un mouvement, une situation comme une partition. Chaque auteur a son mouvement, chaque metteur en scène, chaque interprète. Être chorégraphe est ma façon de jouer la partition des corps à travers leurs écritures singulières. Le danseur et l’acteur sont des frères jumeaux, je les mets face à face. J’ai développé un enseignement spécifique qui permet aux comédiennes et aux comédiens d’affronter la technique sans avoir envie de la fuir. On ne fuit pas la danse, on la regarde droit dans les yeux.

Je remercie l’Esad et son directeur, Serge Tranvouez, de m’inviter à nouveau pour mettre en scène la promotion des élèves de troisième année. J’ai eu le plaisir de les faire travailler une semaine sous la forme d’une master class au printemps dernier. La rencontre a été belle, elle a créé le désir de poursuivre ensemble.

Transformer l’acte pédagogique en acte créatif est un processus inhérent à mon travail. Quand j’enseigne, je suis comme en répétition, j’ai la même exigence, la même écoute, le même doute. Donner cours, c’est donner libre cours…

L’Esad, en tant qu’école supérieure, crée les outils nécessaires pour guider les élèves sur le chemin de la vie professionnelle. En ce sens, aller au plateau est une relation essentielle :  là se créent les liens indispensables avec le public. Inventer du sens. Donner à voir. Faire éprouver. Partager. Il s’agit bien de sortir de l’école pour entrer dans le Monde…

Nous souhaitons vivement présenter NATURES dans une maison-théâtre ouverte aux échanges entre transmission et professionnalisation. Dans cette maison-théâtre, la danse, la musique, le théâtre, les amateurs et les professionnels cohabitent. Certains de notre désir, nous souhaitons le partager.

Moi je n’ai pas de philosophie : j’ai des sens…
Si je parle de la Nature, ce n’est pas que je sache ce qu’elle est,
mais parce que je l’aime, et je l’aime pour cette raison
que celui qui aime ne sait jamais ce qu’il aime,
ni ne sait pourquoi il aime, ni ce que c’est qu’aimer…

F. Pessoa

Caroline Marcadé

Crédit photos : Christophe Raynaud de Lage