Foyer(s) – Blog Le Monde

FOYER(S) - Performance issue d’un recueil de paroles et d’une enquête que les 14 comédiens de la promotion 2019 de l’ESAD ont menée auprès des résidentes et du personnel encadrant du CHRS Pauline Roland (19e)- Conception et mise en scène : Stéphane Schoukroun -Scénographie: Jane Joyet - Lumières : Léandre Garcia Lamolla - Avec les comédiens de la promotion 2019 de l’ESAD : Salomé Benchimol- Claire Bosse Platière - Mona Chaïbi - Thomas Christin - Baptiste Fèbvre - Antoine Forconi - Alexandre Hamadouche - Fanny Kervarec - Olivia Mabounga - Angie Mercier - Babissiry Ouattara - Joséphine Palmieri - Tom Pezier - Margot Viala - Lieu : Le Grand Parquet - Ville : Paris - Le 27 04 2017 - Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

Dans Foyer(s), les élèves-comédiens de l’ESAD se font « acteurs-citoyens »

Agathe Charnet – L’École du spectacle – 28 avril 2017

De décembre 2016 à avril 2017, ils sont partis à la rencontre du personnel et des femmes logées dans le Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale (CHRS) Pauline Roland, dans le XIXe arrondissement de Paris.

Quatorze jeunes comédiens, en première année à l’École Supérieur d’Art Dramatique de Paris (ESAD), ont mené un travail de théâtre documentaire. Dirigés par le comédien et metteur en scène Stéphane Schoukroun, ils restituent cette plongée dans le réel en présentant le spectacle Foyer(s) dans la maison d’artistes le Grand Parquet, à Paris, du 27 au 29 avril 2017.

Avant tout une rencontre

« Je fais du théâtre pour échapper à la réalité […] Face à face avec la réalité, j’ai du mal » confie un des jeunes comédiens dans Foyer(s). Tout au long de la représentation, les interprètes racontent la force et la difficulté de leur démarche, celle d’« entrer chez les gens », de partir à leur rencontre. Ils font part de leurs doutes, de leur refus parfois de recueillir directement des témoignages. Les mille précautions prises pour recueillir la parole, l’intensité des rencontres, leur fragilité, aussi.

Margot, étudiante à l’ESAD, relate ainsi qu’elle a passé un premier entretien – entièrement silencieux – avec une « dame du foyer ». « Je croyais que ça allait être très facile dans l’échange, que j’allais parler d’elle et de moi. Mais on ne s’est rien dit. Finalement, c’est lors de la deuxième rencontre qu’elle a fini par discuter avec moi, sans aucun souci. Dans le silence, on avait créé un lien ».

D’autres étudiants ont choisi de partager un repas, de cuisiner avec « les dames », d’emmener leurs enfants au Carnaval, de dialoguer avec le personnel du centre « C’était hyper dur de se pointer là, à vingt piges. Il y avait un aspect « bête curieuse », des deux côtés. Elles devaient se dire, « c’est qui ces gens ?» racontent Alexandre, Thomas et les autres.  « On était toujours inquiets d’être dans le cliché des jeunes comédiens un peu bobos. Pour dépasser ça, je me suis dit que c’était avant tout une rencontre » renchérit Margot.

Engagements 

Les femmes hébergées au foyer Pauline Roland n’ont pas souhaité partager la scène avec les apprentis acteurs. C’est finalement accompagnés sur le plateau par des éducatrices, qu’ils retracent pudiquement leurs semaines au foyer, et interrogent leurs positions d’artistes en devenir, dans le foyer comme dans la cité.

Refusant catégoriquement tout voyeurisme, Stéphane Schoukroun, qui a par ailleurs mené des expériences théâtrales et sociales similaires à Paris, Naves, Uzerche ou Guyancourt, préfère « raconter le processus, qui fait partie de l’expérience » et met en scène « un théâtre de l’expérience vécue ». Des extraits de textes d’Edward Bond ou Pasolini viennent se superposer aux textes des étudiants et de très rares extraits de leurs rencontres avec les habitants du foyer. « Au coeur du questionnement dramaturgique, il s’agit de se demander dans quelle société nous voulons vivre, détaille Stéphane Schoukroun. Celle du partage ou celle du rejet ».

Les jeunes comédiens sortent transformés de cette expérience aussi bien humaine qu’artistique. Un premier pas décisif dans leur formation à l’ESAD mais pas seulement. « Ce projet m’a fait me poser beaucoup de questions comme jeune citoyen et comme acteur-citoyen, explique Thomas. Quelle est notre part de responsabilité dans ces rencontres, quelles positions nous pouvons prendre. »

À l’entre-deux-tours, les présidentielles reviennent régulièrement, sur le plateau, comme dans les conversations. Voter ou ne pas voter au second tour, tel est le dilemme de certains de ces jeunes étudiants qui se positionnent majoritairement du côté de Jean-Luc Mélenchon. Dans les urnes ou sur le plateau, l’engagement est un point de convergence nécessaire.

« Faire du théâtre en ce moment, c’est déjà une prise de position en soi, affirme Fanny, 21 ans. Mes parents, par exemple, avaient très peur pour moi. Pour eux, c’était plus facile quand ils ont commencé à travailler. Mais moi je n’ai pas envie d’avoir peur, je veux être courageuse. Et, quoi que tu fasses au théâtre, ce que tu fais, c’est une prise de position et ça infuse dans la forme que tu vas proposer au public ! »

Foyer(s), au Grand Parquet, jusqu’au 29 avril 2017